| Intervention de M. Alfred LEQUIEN, ingénieur agronome et éleveur Après un rappel des qualités essentielles d’un bon sol, et des principes élémentaires d’entretien de celui-ci (se référer au compte-rendu 2005), M. LEQUIEN s’est plaisamment prêté au jeux des questions-réponses… Foire aux questions Q : Un terrain plat est-il soumis au lessivage des sols ? R : Oui. Le lessivage se traduit par 2 actions indépendantes et complémentaires : le ruissellement (écoulement rapide des eaux pluviales sur les pentes d’un terrain) et l’infiltration (pénétration lente des eaux de pluie dans le sol par percolation). Dans le cas d’un terrain plat, le lessivage par ruissellement est quasi nul, mais le lessivage par infiltration est maximal. En s’infiltrant lentement dans le sol, l’eau entraîne avec elle le calcium. Q : Un terrain très calcaire, comme dans les Causses, nécessite-t-il un apport de calcium ? R : Oui. En effet, le calcaire se présente sous 2 formes : le calcaire échangeable (soluble et actif) et le calcaire non-échangeable. Pour être mobilisable par les plantes, le calcaire doit être échangeable. Dans le cas des Causses, le calcaire est principalement non échangeable, il s’agit de la roche-mère. Celle-ci n’est pas mobilisable par les plantes. De plus, ce type de terrain est généralement fortement acide, ce qui contraint davantage la croissance des plantes. Par conséquent, même sur ce type de sol, il convient de procéder à un apport suffisant et régulier de calcaire soluble et échangeable. Q : Quel type d’apport réaliser pour augmenter la production d’une pâture ? R : La quantité de matière sèche produite à l’hectare est indexée sur l’élément le plus déficitaire du sol : c’est la loi agronomique du minimum. Le rendement d’une pâture (de fauche comme de pâturage) sera toujours bloqué par l’élément le plus défavorable. Si les apports en calcium ne sont pas suffisants pour compenser les pertes dues au lessivage, la croissance des plantes est fortement ralentie. Q : En endurance, il y a une image très répandue de clivage Nord/Sud. Il est couramment répandu qu’il n’est pas possible d’élever du cheval d’endurance dans le Nord. Y a-t-il un fondement à cette thèse, où n’est-ce qu’une idée reçue ? R : Le Nord est une région où la production agricole est très forte : terroirs riches, climatologie favorable… Disposant d’une nourriture riche et abondante, les animaux ont ici tendance à croître rapidement. Il est donc impératif de contrôler et apporter à l’animal tous les éléments (vitamines et sels minéraux) nécessaires à l’établissement d’un squelette en adéquation avec la croissance. Dans le Sud, la production agricole est beaucoup plus faible. De ce fait, la croissance de l’animal est plus lente, et le squelette peut se construire et se solidifier en adéquation avec la croissance musculaire. En conclusion, les méthodes d’élevage sont très différentes au Nord et au Sud. Celles-ci sont plus délicates et plus complexes au Nord. Il serait ainsi erroné de croire que le Nord ne peut fournir de bons chevaux d’endurance ; tout est une question de gestion. Q : Peut-on modifier les espèces et la phytosociologie d’une pâture ? R : Les espèces s’implantent, se développent et s’agencent les unes par rapport aux autres en fonction de la géomorphologie (composition) du sol. Ainsi, à chaque type de sol correspond une flore qui lui est spécifique. Pour modifier les espèces présentes et leur répartition, c’est sur le sol même qu’il faut agir. Ces modifications ne peuvent s’opérer de façon naturelle, il est indispensable, pour ce faire, d’avoir recours à un traitement chimique. Pour être efficace, c’est-à-dire pour obtenir le résultat escompté, celui-ci doit être répété durant plusieurs années. Cette méthode présente peu d’intérêt : elle est très onéreuse et présente une véritable perturbation du milieu (notamment, stress des plantes), dont elle peut modifier profondément les caractéristiques. Une seconde méthode consiste à intervenir de façon plus douce et plus raisonnée sur le milieu. Elle consiste à rééquilibrer le pH du sol (qui doit être aux alentours de 7), et à entretenir régulièrement le sol par 3 opérations : - Broyage des refus et délaissés (rappel : permet la restitution des éléments organiques issus des déjections)
- Hersage (rappel : permet l’enfouissement des déchets de broyage, ce qui réamende naturellement le sol, et permet d’oxygéner celui-ci)
- Apport annuel d’éléments essentiels perdus par lessivage ou par pâturage des animaux (calcium, sels minéraux)
- Les sols vont petit à petit s’équilibrer, et permettre l’implantation des espèces ad-hoc.
Q : En fonction du stade végétatif auquel la coupe est réalisée, y a-t-il différentes qualités de foin, et si oui, quelle est la meilleure ? R : Que le foin soit issu d’une 1ère, d’une 2ème, voire d’un 3ème coupe, sa qualité sera sensiblement la même. Ce qui influe sur la qualité d’un foin, c’est le stade végétatif au moment de la récolte, les conditions météorologiques au moment de la coupe, le temps de séjour au sol et les conditions météorologiques durant ce temps de séjour. Exemple, pour un foin issu de prairie permanente de plaine : Foin | MS (g/kg) | UFC (par kg) | MADC (g/kg) | 1er cycle, épiaison | | | | Fané au sol par beau temps ou ventilé | Fané au sol par temps de pluie et resté moins de 10 jours au sol | 1000 | 0.63 | 55 | Fané au sol par temps de pluie et resté plus de 10 jours au sol | 1000 | 0.58 | 51 | 1er cycle, pleine épiaison | | | | Fané au sol par beau temps ou ventilé | Fané au sol par temps de pluie et resté moins de 10 jours au sol | 1000 | 0.59 | 46 | Fané au sol par temps de pluie et resté plus de 10 jours au sol | 1000 | 0.53 | 43 | 1er cycle, floraison | | | | Fané au sol par beau temps | Fané au sol par temps de pluie et resté moins de 10 jours au sol | 1000 | 0.50 | 36 | Fané au sol par temps de pluie et resté plus de 10 jours au sol | 1000 | 0.46 | 33 | 1er cycle, fin floraison | | | | Fané au sol par beau temps | Fané au sol par temps de pluie et resté moins de 10 jours au sol | 1000 | 0.45 | 35 | Fané au sol par temps de pluie et resté plus de 10 jours au sol | 1000 | 0.42 | 31 | 2ème cycle, feuillu, 7 semaines | | | | Fané au sol par beau temps ou ventilé | Fané au sol par temps de pluie et resté moins de 10 jours au sol | 1000 | 0.63 | 76 | Fané au sol par temps de pluie et resté plus de 10 jours au sol | 1000 | 0.59 | 73 |
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MS : matière sèche – UFC : unité fourragère cheval – MADC : matières azotées digestibles chez le cheval Q : Que penser d’un foin récolté sur une prairie enrichie en azote? R : L’azote permet d’augmenter la quantité (et non la qualité) du fourrage à l’hectare en frais. L’apport d’azote permet une croissance très rapide de la plante qui risque d’épuiser précocement le sol. La croissance des plantes est imparfaite : la plante croît trop vite pour fixer correctement les éléments minéraux essentiels : l’herbage perd grandement en qualité. Lorsque le fourrage est déshydraté (foin), la quantité de matière sèche évolue très peu entre un foin récolté sur prairie enrichie à l’azote ou sur prairie non enrichie. Par contre, sa qualité sera très variable. Il n’y a donc pas d’intérêt particulier à récolter un foin issu de prairie enrichie en azote. Q : Quel est le régime idéal pour un cheval atteint de fourbure chronique? R : Un excès d’azote est souvent responsable de la fourbure, qui est la traduction d’une intoxication du sang. La solution consiste à priver le cheval de pâture, à lui offrir une litière de paille de blé, à faire poser une ferrure adaptée (permettant de prévenir ou contenir la bascule de la 3ème phalange, et à soulager le cheval par modification et répartition des zones d’appui) et lui préparer des mashes de son pour l’hydrater correctement. Q : Dans le Sud, on utilise fréquemment en pâture un système de « parcours ». Quel est l’intérêt? R : Le problème est que plus une plante vieilli, moins elle est digestible (développement de cellules ligneuses). Le cheval risque donc de refuser une plante trop « vieille ». Un autre problème réside au contraire dans le surpâturage : la plante n’a pas le temps de croître, le cheval pâture toujours à ras du sol, ce qui peut entraîner de nombreux problèmes de parasitisme. La solution consiste à faire tourner ses pâtures régulièrement, et à entretenir celles-ci, de façon à toujours avoir une herbe disponible de qualité (ni trop rase, ni trop haute). Q : Sous quelle forme apporter du lin ? R : Le lin est très riche en oméga 3, ce qui contribue au bon fonctionnement du système cardio-vasculaire (primordial chez le cheval d’endurance). Le lin peut être apporté en tourteau, ou sous forme d’huile. La quantité apportée peut aller jusqu’à 500g/jour en compétition. Ce type de produit peut être trouvé auprès de l’établissement suivant : - L’Huilerie Coache
- 11 rue du Moulin Villeroy
- 80150 VITZ SUR AUTHIE
tel :03 22 29 21 61 - fax : 03 22 29 27 79
- Q : Quelle est la toxicité du tourteau de lin ?
R : Le tourteau de lin est très riche en protéines brutes. On compte un taux de 27-28% de protéines brutes. A titre comparatif, on relève : - un taux de 14-15% de protéines brutes pour l’huile de lin
- un taux de 44-48% de protéines brutes pour le tourteau de soja
Pour rappel, l’alimentation du cheval doit présenter un taux de protéines brutes de l’ordre de 10-12%. Q : Quel type d’eau est à privilégier ? R : L’eau peut être dispensée sous plusieurs forme : eau pluviale (citerne), puits artésien (forage dans la nappe phréatique), résurgence de la nappe (mare), eau dynamisée, ionisée (méthode « fenden »)… Dans tous les cas, une eau issue d’un puits ou de résurgence sera de meilleure qualité qu’une eau pluviale. En effet, la pluie contient toujours une faible quantité de carbone, qui permet, par recombinaison chimique, de dissoudre certains éléments du sol qui migrent par infiltration vers la nappe : l’eau est donc enrichie en éléments minéraux. |